Interview Jérôme Roy des éditions Kabuto

Trent
photo de Jérôme Roy

Au détour des nombreuses "bulles" du festival de la BD d'Angoulême, nous avons pu rencontrer Jérôme, qui est le responsable des droits japonais pour Kabuto. Mais celui qui négocie les séries qui seront sur nos étagères a aussi une autre fonction...il est traducteur ! Voyant là une occasion inespérée de faire d'une pierre deux coups, Mangagate s'est empressé d'attraper son calepin pour une interview exclusive !

Mangagate : Pouvez nous vous présenter brièvement votre métier ?

Jérôme Roy : Ma fonction chez SeeBD est ‘chargé de droit Japonais’, c'est-à-dire que ma fonction est de négocier et acheter les licences auprès des éditeurs japonais et de m’assurer du suivi du livre jusqu’à sa publication, soit sa traduction, vérifier l’infographie, l’adaptation et la réalisation finale par l’imprimeur.

Mangagate : Que faisiez-vous avant de travailler chez SeeBD ?

Jérôme Roy : Je faisais de la traduction technique.

Mangagate : SeeBd, c'est donc votre première expérience dans le monde du manga, comment vous ont-ils recruté ?

Jérôme Roy : Je venais juste de partir de l’entreprise où je travaillais car je n’aimais pas trop ce que j’y faisais et j’ai vu une annonce pour travailler dans la Bande Dessinée avec les japonais. Je me suis dit que c’était une opportunité à ne pas laisser passer car tout d’abord j’avais fait des études en japonais et que j’adorais la bande dessinée.

Mangagate : Dans quelles conditions traduisez-vous ? Chez vous, au bureau ?

Jérôme Roy : Je ne traduis absolument qu’au bureau.

Mangagate : Avez-vous déjà travaillé à plusieurs sur une traduction ?

Jérôme Roy : Non, en général c’est un seul traducteur qui travaille sur un album.

Mangagate : Combien de temps cela prend il pour traduire un volume ?

Jérôme Roy : Cela dépend des séries, si on prend l’exemple sur une série facile comme Umizaru ou Daigo je peux mettre 4 jours pour un volume. Relecture comprise, car le plus long est la relecture. Pour moi, je traduis tout au kilomètre, je relis avec l’original, puis pour finir je fais une troisième relecture en me plaçant en tant que lecteur pour voir si cela est cohérent. Mais par exemple sur une série difficile comme Black Lagoon, je peux mettre de une à deux semaines.

Mangagate : Pour un professionnel comme vous, éprouvez-vous encore quelques difficultés avec des termes japonais ?

Jérôme Roy : La grande difficulté dans le japonais, ce sont les expressions idiomatiques, comme à la base je ne suis pas japonais, je dois faire des recherches. Sinon le plus dur reste souvent les inventions de l’auteur au niveau des noms des personnages ou des lieux. Par exemple dans la nouvelle série qui va sortir : Rainbow, les personnages ont tous des surnoms et il a fallut que je me pose des questions : ‘Quel surnom je dois traduire ?’ ; ‘Quel surnom ne je dois pas traduire ?’. Soit je les laissais en japonais pour rester entièrement fidèle au japonais ou alors je traduisais afin que le lecteur comprenne quelle idée était derrière. C’est ça qui est le plus difficile.

Mangagate : Quelle relation avez-vous avec les autres traducteurs ?

Jérôme Roy : Les traducteurs avec qui je travaille sont des collaborateurs, des relations de travail. Mais la collaboration se passe en général assez bien. Etant donné que je suis traducteur moi-même, je comprends les besoins qu’ils peuvent avoir, je leur apporte un suivi au niveau des traductions qu’ils ont fait, je les relis, je fais des changements et je leur renvois le tout en comparaison afin qu’on se mette en accord. On a une très bonne relation.

Mangagate : Que pensez vous de la place de l’outil Internet dans la traduction ?

Jérôme Roy : Il est très important. Par exemple pour tout ce qui est objet, c’est bien souvent retranscrit en katakana mais pas en kanji. Souvent ce sont des références en anglais mais avec un accent japonais et on n’est pas toujours sûr si cela correspond bien avec un équivalent français. Je fais souvent des recherches pour cela, par exemple pour Black Lagoon, il y a beaucoup de noms de ville Thaïlandaise, que j’ai vérifiées sur Internet.

Mangagate : Souhaitez-vous élargir vos activités ? Par exemple en travaillant dans un magazine ou un Site Web ?

Jérôme Roy : Vous recrutez ? (rire) Le problème c’est que je n’ai pas beaucoup le temps. Mais ça me plairait d’écrire car j’adore rédiger et c’est pourquoi à la base j’ai choisis la traduction qui me permet de rédiger. Mon petit plaisir est de faire les 4ème de couv', les résumés, cela m’amuse beaucoup. Si j’avais le temps j’aimerai bien, mais étant donné que je suis chargé de droit chez un éditeur, écrire dans un magasine pourrait être à double tranchant. A une époque dans le magasine Tokebi, j’écrivais des chroniques et des critiques de manga que je faisais de manière objectives mais il faut se méfier car quand on fait une chronique qui descend le manga, on nous pourrait dire : ‘il veut casser parce qu'il travaille chez la concurrence...’ Alors que j'essaie de rester objectif. Mais oui dans l’absolu ça me plairait.

Mangagate : Avez-vous des hobbies à part la traduction ?

Jérôme Roy : La traduction c’est mon travail. Mais sinon je m’intéresse beaucoup à la musique, je joue de la guitare et je chante... Sinon je fais de l’escrime.

Mangagate : Quelle est la chose que vous détestez le plus ?

Jérôme Roy : Je sais pas trop, hum, moi, il y a quelques chose que je déteste en France, c’est que les gens ont toujours l'air extrêmement malheureux, ils font toujours la tête. Quand on voit au japon avec les conditions de vie qu’ils ont, je trouve que les manières qu’ils ont avec les gens sont bien plus agréables. Ce que je ne comprends pas c’est quand on va dans un magasin en France, on a toujours l’impression que cela les ennuis de vous vendre quelques chose.

Mangagate : Comment avez-vous découvert le manga ?

Jérôme Roy : Comme toutes les personnes de ma génération je pense, j’ai découvert d’abord les animé. Quand j’étais môme vers 4 ou 5 ans, je regardais Goldorak, Albator. Puis j’ai grandi bercé dedans, et maintenant on peut dire que ça fait partie de ma culture. Ensuite j’ai laissé tombé quand il y a eu la vague Club Dorothée sur TF1. Je n’ai pas trop regardé ce qui était Dragon Ball et les Chevalier du Zodiaque car ça ne me plaisait pas trop. A cette période j’étais déjà passé aux films d’horreur. Mais lorsque Glenat a publié les premiers Akira, j’ai trouvé ça génial c’était réellement ce que je recherchais. J’adorais la bande dessinée, je lisais des bd comme Les WatchMen, c’était l’époque où des comics plus élaborés arrivaient, comme Dark Knight de Frank Miller. Akira me plaisait car c’était l’équivalent en japonais de cette vague et tout à coup cela m'a permis de trouver une alternative à Goldorak, Les Chevaliers du Zodiaque...Voilà le manga, ça peut aussi être Akira. J’ai adoré la BD, et je suis allé voir le film en salle. J’ai découvert dès lors une autre perspective de la bande dessinée japonaise.

Mangagate : Comment marche Black Lagoon en ce moment ?

Jérôme Roy : Black Lagoon marche très bien. D’autant plus que c’était un manga que personne n’attendait.

Mangagate : Y a t-il une pression supplémentaire à traduire un titre qui marche bien et qui est attendu ?

Jérôme Roy : Non pas vraiment, car une traduction reste une traduction. Personnellement je mets le même sérieux dans une série populaire qu’une série qui a moins de succès. Il faut que le bouquin soit bien fait et donc il n’y a aucune différence.

Mangagate : Qu’elle est votre série préférée ?

Jérôme Roy : J’aime beaucoup Akira, j’ai beaucoup aimé Ah My Godess ! J’ai trouvé cette série formidable, j’aimais bien Gumnn mais j’ai trouvé ça un peu long... Récemment Monster ainsi que Eden, Bastard aussi, je ne suis pas fan fan mais j'ai trouvé ça sympa.

Mangagate : Quel est votre animé préféré ?

Jérôme Roy : Akira, le number one (rire), sinon Porco Rosso ! J'aime beaucoup aussi les autres Hayao Miyazaki mais Porco c'est mon préféré. Sinon en série télé je dirais GTO.

Mangagate : Quelle est la série que vous auriez aimé traduire ?

Jérôme Roy : Je serais super fier d’avoir traduit Monster même si je sais que derrière c'est un boulot de fou.

Mangagate : En tant que responsable de droit comment choisissez vous les séries ?

Jérôme Roy : Dans les magazines de prépublication principalement, sinon je suis au courrant des nouvelles sorties assez tôt ou même des vieilles séries qui sont sorties il y a deux ou trois ans que personne n’a acheté.

Mangagate : Quelle est la série dont vous auriez aimé acquis ?

Jérôme Roy : J’aurai beaucoup aimé avoir Eden, sinon Zipang qui va sortir chez Kana. En Shojo j’aimerais bien avoir Life. Pour finir Monster, 20th Century Boys et Banana Fish même si cette dernière série ne marche pas super bien en france.

Mangagate : Quelles sont vos relations avec les éditeurs japonais ?

Jérôme Roy : J’ai une relation assez privilégiée car je suis un des rares à parler japonais dans le métier, beaucoup en France utilisent un interprète ou leur parlent en anglais. Le fait que je leur parle directement en Japonais permet de briser une glace, c'est un obstacle de moins.

Mangagate : Quelles sont vos relations avec les autres personnes chargées d’acquérir les droits ?

Jérôme Roy : On ne se connaît pas vraiment, cela fait qu’un an que je suis dans le métier donc ils ne me connaissent pas

Mangagate : Allez-vous souvent au Japon, prendre la température des séries ?

Jérôme Roy : Non, mais j’essaie d’y aller une fois par an au moins dans mon temps de vacances. J’essaie de négocier pour y aller plus souvent. J’ai remarqué que pour Black Lagoon, par exemple, au Japon, on peut voir des gros posters partout, les libraires le mettent vraiment en avant, avec Rainbow la série que l’on va sortir c’est pareil. Ca permet de mieux voir le potentiel qu’il y a.

Mangagate : Avez-vous des contacts sur place comme Dominique Veret en son temps chez Tonkam ?

Jérôme Roy : J’ai des amis qui y vivent oui.

Mangagate : Avec un éditeur japonais comment se déroule la négociation d’un droit ?

Jérôme Roy : Généralement, cela dépend si on est déjà en relation avec l’éditeur ou pas. Si c’est le cas il s’attend à qu’on face des offres à intervalles à peu prêt réguliers. On leur propose des listes. Ensuite c’est à eux de réfléchir. Mais si on désire à tout prix une série il faut être un peu moins passif et regarder si d'autres éditeurs sont sur celle-ci. C’est un peu plus dur avec les éditeurs qu’on connaît et avec qui on ne travaille pas encore, forcément.

Mangagate : Consultez vous des site web ?

Jérôme Roy : Oui tous le temps, tous les jours. Au niveau des sites français je les regarde pour avoir la température des Fans, comme Mangagate par exemple , faire un petit tour sur le forum, Manga-news car il y a toujours des informations récentes…, et Mangaverse car il y a beaucoup de Fans qui vont dessus.

Mangagate : Quel est votre avis sur l’effet de mode Naruto ?

Jérôme Roy : Naruto n’est pas une série que je lis, mais si les gens y trouvent leur compte tant mieux pour eux. Mais je préfère la mode Naruto à la mode Yugioh. Pour moi dans Naruto il y a un minimum de travail créatif derrière, contrairement à Yugioh qui est complètement du marketing.

Mangagate : Au Japon comment se porte l’industrie du manga ?

Jérôme Roy : L’industrie de l’édition se porte beaucoup mieux qu’en France car les japonais sont toujours très consommateurs de livre quel qu’ils soient mais surtout du manga car ce sont des livres qui ne sont pas chers. Mais sinon il y a eu un petit fléchissement du marché. Ils ne vendent « plus » que 4 millions de livres par ans ... nous à 4 millions ça nous plairait beaucoup !

Mangagate : Quel est votre avis sur le Fan Trad ?

Jérôme Roy : Le Fan Trad peut m'être utile quand je veux voir des échantillons de séries plus vite. Ce que je n’aime pas c’est que pour beaucoup de fan otaku, la Scan Trad est beaucoup mieux que la traduction sortie en librairie car c’est fait par des « vrais fan » plutôt que des professionnels qui font ça pour l’argent.

Mangagate : Un classique de MangaGate, si vous étiez le dieu du manga, qu’est ce que vous aimeriez changer ?

Jérôme Roy : Encore plus de bonnes séries, pour que tout le monde puisse trouver son compte et continue cette grande aventure qu’est la publication de manga en France.

Mangagate : Merci.

Jérôme Roy : Merci aussi.

Cette interview a été recueilli à l'occasion de Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême le 28 mai 2005

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